Dis-leur que j’ai vécu – Cie Anaya

La Compagnie Anaya présente :

Durée : 1h15

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Mise en scène : Claudine Merceron
Comédien : Jean Guittonneau
Musicien et auteur de la pièce : Camille Saglio
Lumières : Pierre Crasnier

Inspirée de la nouvelle du même nom, cette pièce très simple est un monologue, ponctuée d’instants musicaux.

Un comédien y incarne un personnage qui malgré lui, devient passeur. Passeur d’espoir ou de désespoir, il devient passeur d’histoires. Une bien petite histoire, sans H majuscule, mais tragiquement quotidienne.

Ce témoignage, c’est celui d’un étranger qui attend son expulsion et qui, en guise de dernier cri, écrit. Il écrit à son amour, qu’il va devoir quitter par la force de l’ordre mais écrit par là-même à toute notre société, afin qu’elle ne laisse plus réaliser pareille injustice.

Les instants de musique sont autant de moments de respiration, de légèreté et de poésie, déclinés à la guitare, au n’goni, à la flûte (vietnamienne) ou à la senza, accompagnés de chants en arabe, en bambara, en bangladais ou en diola. Ces mélodies douces et envoûtantes viendront parfois soutenir le texte, d’autres fois l’aérer et en d’autres occasions l’incarner.

Il nous semblait important de mettre en scène cet ouvrage, dans le but de susciter une réflexion, un frémissement de l’âme devant une réalité devenue incompréhensible pour notre (h)ère.

A l’heure de la mondialisation et des multiples échanges internationaux, il est temps de regarder par-delà les murs, par-delà les frontières et d’écrire l’Histoire, avec un grand H celle-là, ensemble, tous ensemble…

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Lire la critique « Nous, les irréguliers » du Clou dans la Planche : http://www.lecloudanslaplanche.com/critique-1243-dis.leur.que.j.ai.vecu-nous.les.irreguliers.html

Extrait :

« Le temps lisse tout. Chaque souvenir, pour rugueux qu’il eût été, prend la douceur et la chaleur d’une pierre exposée au soleil. Ce pays que j’ai quitté parce que sa misère, sa corruption, sa violence m’étouffaient, était devenu dans mon imagination la plus belle des contrées. Parce que je ne le subissais plus, parce que je n’en étais plus prisonnier. Comme si je remerciais mon pays de m’avoir laissé partir.
Tu pouvais m’écouter en parler pendant des heures, dans la chambre de bonne que je louais une fortune. Tu t’allongeais sur mon matelas, belle comme un jour d’été, et tu me regardais préparer le thé tout en me demandant de te raconter comment c’était « là-bas ». »


Parti pris, par Claudine Merceron, Metteuse en scène

La pièce part d’une histoire d’amour, fraîche, ayant pour nid Paris, et se voulant la plus universelle possible!
« Tu te rappelles notre rencontre ? Tu sirotais un jus d’orange avec tes deux amies, Juliette et Mathilde, à la terrasse du café où je travaillais comme serveur. Elles riaient comme des oiseaux sans cervelle, tellement loin des misères du monde » (extrait)

Un climat amoureux, léger, nostalgique, éclaire ce début de récit. Et doucement le spectateur est emmené par les odeurs (le Tchouraï, encens traditionnel malien, qui brûle sur scène), la musique au n’goni (instrument traditionnel d’Afrique de l’Ouest),  les chants… Une culture lointaine exotique s’installe et se décline…

Puis arrive la nouvelle comme un couperet : «Je ne t’ai pas dit tout de suite que j’étais un  clandestin… ». Le public prend alors conscience de l’éphémère de la situation et distingue le fil sur lequel marche ce jeune couple…Une situation douloureuse mais jamais misérabiliste se révèle au public.

Ici  colère, révolte, douleur d’amour, peur de perdre se bousculent au portillon de la poésie. Lui n’agresse jamais :
« … Comment peut-on  s’enorgueillir d’avoir brisé les rêves de milliers d’hommes ? Comment peut-on penser agir pour le bien être de la société ? Je me montrais presque plus tempéré que toi. … »

Le chant du musicien vient hurler la colère de l’homme : retenue d’émotion… et le  devoir de mémoire fait place à un besoin de mémoire ; le récit du voyage : « C’était la première fois que je contemplais la mer et je peux t’affirmer que jamais je ne sentis autant de paradoxe entre l’émerveillement qu’elle me procurait et l’inquiétude que cette masse uniforme et mouvante m’inspirait … »

L’écriture très poétique de Camille Saglio ne vient jamais DIRE mais laisse exprimer  le RESSENTI du personnage, avant tout jugement de sa part, une réaction humaine, sentie plutôt que pensée.

Un « clandestin » est avant tout un Homme où l’Amour prend  une place prédominante. Comme lui on savoure  la dernière heure connectée à sa terre d’accueil, à son Amour inaccessible mais que l’on imagine, que l’on souhaiterait immortel…
La lumière dans un espace minimal de 6 mètres sur 6,  crée le paysage, révèle un décor sobre pour faciliter les déplacements et essentiellement constitué d’une table et surtout d’instruments de musique : le n’goni, la guitare, la senza et la flûte vietnamienne.

Une lumière blafarde, en début de spectacle, finit par un petit point lumineux  sur l’Homme, face à sa solitude.
Le spectacle joué par un comédien est ponctué de chants et de musiques joués par un musicien chanteur. Progressivement, ils s’achemineront ensemble vers le même « voyage »

Car il s’agit bien d’un voyage !

La Cie

ANAYA (mot d’origine Kabyle) : Ancêtre du droit d’asile en Kabylie. Forme de sauf-conduit délivré de manière tacite, l’Anaya garantit au bénéficiaire une totale immunité. « Quiconque en est porteur peut traverser la Kabylie dans toute sa longueur, quels que soient le nombre de ses ennemis ou la nature des griefs existants contre sa personne » mentionnent avec insistance des écrits consacrés aux moeurs de cette société considérée comme complexe. Jusqu’à la fin du 19e siècle, l’habitant de ces mon-tagnes de Djurdura, en Algérie, faisait sienne la cause des persécutés de tous bords.

« Dis-leur que j’ai vécu » est la première création de la compagnie ANAYA. Pour autant, chacun des membres a eu largement le temps de se forger ses propres expériences. Nous nous sommes re-trouvés autour de ce projet correspondant à notre éthique personnelle.
ANAYA entend favoriser « la création et la diffusion de spectacles vivants, notamment dans les domaines de la musique, du théâtre, de la danse, du conte et dans tout domaine artistique jugé op-portun. » .

Le livre de Camille Saglio

Depuis sa cellule d’un centre de rétention, un étranger, anonyme, écrit une lettre à son amour. Elle est française et lui bientôt expulsé. Alors il parle, il raconte ce qu’il a vécu, ce qu’ils ont vécu, ultime tentative de témoignage contre l’oubli qui guette. Dans la guerre des chiffres et des statistiques, il lutte pour rester un homme. Représentatif d’une population nombreuse dans l’Hexagone, quoique difficilement quantifiable, cet homme nous livre une vision de l’intérieur de cette réalité devenue banale.
Cette nouvelle émouvante nous permet de suivre le parcours d’un étranger en France, sans autorisation d’y séjourner et de saisir un peu plus justement ce qu’est son quotidien. Mais ce récit se veut essentiellement un rappel à l’ordre : à trop rabattre de chiffres, on finit par en oublier la réalité humaine, à accepter l’inacceptable et à tolérer l’intolérable… Loin de vouloir donner des leçons, l’auteur jongle avec la dureté du quotidien et la poésie qu’il peut contenir malgré tout, nous renvoyant aux incohérences que l’ère de la « mondialisation-unilatérale » a engendrées.